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Comment réussir de belles photos en noir et blanc

Cathédrale de la Major, Marseille, photographie de rue en noir et blanc

Temps de lecture

9–14 minutes

La photo noir et blanc a quelque chose de particulier. En supprimant les couleurs, on pourrait penser qu’on enlève une partie de l’image. En réalité, c’est souvent l’inverse qui se produit : certaines photographies deviennent plus fortes, plus lisibles et parfois même plus émouvantes.

J’aime photographier en noir et blanc parce que cela m’oblige à regarder autrement. Les couleurs ne sont plus là pour attirer l’œil. Il reste la lumière, les formes, les contrastes, les textures et les expressions. Une scène assez banale en couleur peut alors prendre une tout autre dimension.

Mais convertir une photo en noir et blanc ne suffit pas pour obtenir une bonne image. Un beau noir et blanc se pense idéalement dès la prise de vue.

Voici les éléments auxquels je prête le plus attention lorsque je photographie avec l’idée d’obtenir une belle image monochrome.

Apprendre à voir sans les couleurs

C’est probablement la première difficulté lorsqu’on débute en photographie noir et blanc.

Notre œil est naturellement attiré par les couleurs. Une veste rouge, une voiture jaune ou un ciel bleu peuvent immédiatement devenir des éléments importants d’une photographie.

En noir et blanc, ces différences disparaissent en partie. Deux couleurs très différentes peuvent même produire presque exactement le même gris.

Comparer une scène en couleur et en noir et blanc permet de mieux comprendre l’importance de la lumière et des contrastes.

Il faut donc apprendre progressivement à observer autre chose : la luminosité des éléments, les contrastes, les formes et la manière dont la lumière découpe la scène.

Imaginez par exemple une personne portant un pull rouge devant un mur vert. En couleur, la séparation entre les deux est évidente. Une fois la photo convertie en noir et blanc, le pull et le mur peuvent devenir deux gris très proches. Le sujet risque alors de se fondre dans l’arrière-plan.

À l’inverse, un vêtement clair devant un fond sombre crée immédiatement une séparation visuelle très forte.

Avec l’habitude, on finit par regarder une scène en se demandant moins « quelles sont les couleurs ? » que « quelles sont les zones claires et les zones sombres ? ».

C’est une petite gymnastique visuelle, mais elle change profondément la manière de photographier.

La lumière devient le véritable sujet

La lumière est importante dans toutes les photographies. En noir et blanc, elle devient presque essentielle.

Comme la couleur ne peut plus structurer l’image, ce sont les différences de luminosité qui vont créer le relief et guider le regard.

Une lumière latérale est particulièrement intéressante. Elle éclaire une partie du sujet tout en laissant l’autre dans l’ombre. Cela donne immédiatement du volume.

C’est très visible en portrait, mais également en photographie d’architecture ou de rue.

Une lumière latérale donne du relief au visage et renforce naturellement les contrastes en noir et blanc.

Un mur légèrement texturé photographié sous une lumière frontale peut sembler parfaitement plat. Avec une lumière venant du côté, chaque petite aspérité crée une ombre et la texture devient beaucoup plus présente.

La lumière dure peut également devenir très intéressante.

En photographie couleur, le soleil de midi est souvent considéré comme difficile à exploiter. Les ombres sont fortes et les contrastes parfois violents. Mais en noir et blanc, ces mêmes caractéristiques peuvent devenir des éléments graphiques particulièrement puissants.

Je ne cherche donc pas systématiquement une lumière douce lorsque je pense en noir et blanc.

Les ombres très marquées peuvent faire partie intégrante de la composition.

Les contrastes donnent du caractère à l’image

Lorsqu’on parle de photographie noir et blanc, le contraste revient presque toujours dans la discussion.

Et pour cause : une image composée uniquement de tons gris très proches peut rapidement sembler fade.

Cela ne signifie pas qu’un bon noir et blanc doit forcément comporter des noirs très profonds et des blancs éclatants. Certaines photos volontairement douces fonctionnent parfaitement.

Mais il faut généralement créer une certaine séparation entre les différentes zones de l’image.

Je recherche souvent trois grandes familles de tonalités :

  • des zones sombres ;
  • des gris intermédiaires ;
  • des zones lumineuses.

Lorsque ces trois niveaux sont présents, l’image gagne souvent en profondeur.

Les noirs donnent de la densité. Les blancs attirent naturellement le regard. Les gris assurent les transitions entre les deux.

Les ombres marquées et les contrastes forts peuvent donner beaucoup de caractère à une photo noir et blanc.

Un bon exercice consiste à regarder des photographies noir et blanc que vous aimez et à observer uniquement la répartition de ces tonalités.

Où se trouve le noir le plus profond ? Où se trouve la zone la plus claire ? Votre œil se dirige-t-il naturellement vers cette zone ?

Vous découvrirez rapidement que le contraste joue un rôle important dans la lecture d’une photographie.

Chercher les formes et les lignes

Les lignes, les formes géométriques et la perspective deviennent souvent plus visibles lorsque la couleur disparaît.

Le noir et blanc convient particulièrement bien aux compositions graphiques.

Les lignes de perspective peuvent également devenir un élément particulièrement puissant de la composition. J’explique plus en détail comment les utiliser dans mon article consacré à la perspective et aux lignes de fuite en photographie.

Lignes, courbes, répétitions, silhouettes ou formes géométriques deviennent souvent beaucoup plus visibles lorsque la couleur disparaît.

C’est l’une des raisons pour lesquelles l’architecture fonctionne si bien en monochrome.

Un escalier, une façade moderne, une succession de fenêtres ou simplement l’ombre d’une rambarde peuvent constituer un excellent sujet.

La photographie de rue offre elle aussi énormément de possibilités.

Une silhouette traversant une zone lumineuse, l’ombre d’un passant sur un mur ou des lignes de perspective convergeant vers un personnage peuvent donner des images extrêmement fortes.

Dans ce type de photographie, je cherche souvent à simplifier.

Moins il y a d’éléments inutiles dans le cadre, plus les formes deviennent évidentes.

Le noir et blanc supporte particulièrement bien cette approche minimaliste.

Les textures prennent une nouvelle dimension

Bois, pierre, peau, béton, tissu, métal…

Les textures deviennent souvent spectaculaires en noir et blanc.

Sans couleur pour détourner le regard, notre attention se porte davantage sur les détails de surface.

Une vieille porte en bois, par exemple, peut sembler assez quelconque en couleur. Convertie en noir et blanc avec une lumière rasante, les veines du bois, les fissures et les traces du temps peuvent devenir le véritable sujet de l’image.

Le noir et blanc met particulièrement bien en valeur les matières et les textures comme le bois, la pierre ou le métal.

Le même principe fonctionne très bien pour les portraits.

Les rides d’un visage, les cheveux ou une barbe peuvent raconter énormément de choses.

Il faut cependant rester mesuré au développement : augmenter excessivement la clarté ou la netteté peut rapidement produire un résultat artificiel.

L’objectif n’est pas nécessairement de montrer chaque pore de la peau, mais de profiter naturellement des textures présentes dans la scène.

Le noir et blanc est formidable pour les portraits

En portrait, le noir et blanc recentre l’attention sur le regard, les expressions et les émotions.

Le portrait est probablement l’un des domaines dans lesquels le noir et blanc révèle le mieux son potentiel.

En supprimant les couleurs des vêtements, du décor ou de la peau, l’attention se concentre davantage sur le visage et surtout sur le regard.

Cela peut créer une impression de proximité très forte avec la personne photographiée.

Personnellement, j’aime particulièrement les portraits noir et blanc lorsque la lumière vient légèrement du côté. Le visage prend alors du relief et les ombres renforcent l’expression.

Un arrière-plan simple aide également énormément.

Un visage clair devant un fond sombre, ou l’inverse, suffit parfois pour obtenir une image très efficace.

Ici encore, inutile de compliquer les choses : une fenêtre peut constituer une excellente source de lumière pour réaliser un portrait noir et blanc.

Photographier directement en noir et blanc ou convertir ensuite ?

La plupart des appareils photo permettent d’afficher directement une image en noir et blanc.

Cette fonction peut être très utile pour apprendre.

Voir immédiatement la scène sans couleur sur l’écran ou dans un viseur électronique aide énormément à comprendre les tonalités et les contrastes.

Mais je conseille néanmoins de photographier en RAW.

Un fichier RAW conserve les informations de couleur originales, même lorsque l’appareil affiche une prévisualisation monochrome.

On peut donc choisir tranquillement son rendu noir et blanc lors du développement, tout en conservant la possibilité de revenir à la couleur.

C’est un excellent compromis : on photographie en pensant en noir et blanc tout en gardant une grande souplesse lors du traitement.

Le traitement noir et blanc : éviter le simple bouton « désaturation »

La conversion en noir et blanc est une étape créative à part entière.

Il existe évidemment un bouton permettant de supprimer toutes les couleurs d’une photographie, mais il donne rarement le meilleur résultat.

Dans Lightroom, Camera Raw ou d’autres logiciels photo, il est possible de contrôler la luminosité des différentes couleurs après leur transformation en gris.

C’est extrêmement utile.

Le mélangeur noir et blanc permet d’ajuster séparément la luminosité des couleurs pour obtenir un rendu plus nuancé.

Prenons un ciel bleu. En diminuant la luminosité des bleus lors de la conversion, on peut obtenir un ciel gris foncé beaucoup plus dramatique.

À l’inverse, éclaircir certaines couleurs permet de mieux distinguer un sujet de son environnement.

C’est l’un des grands avantages du noir et blanc numérique : on peut modifier précisément la manière dont chaque couleur originale devient une nuance de gris.

Je travaille ensuite principalement sur quelques réglages simples :

l’exposition, pour équilibrer la luminosité générale ;

les hautes lumières et les ombres, pour récupérer des détails lorsque c’est nécessaire ;

les blancs et les noirs, afin de donner plus ou moins de profondeur à l’image ;

le contraste, avec modération ;

et parfois la texture ou la clarté, lorsqu’elles servent réellement le sujet.

Le piège consiste à vouloir rendre chaque noir et blanc spectaculaire. Toutes les photos n’ont pas besoin de noirs bouchés et de contrastes extrêmes.

Le traitement doit rester cohérent avec l’atmosphère de la photographie.

Ne pas oublier toute la gamme des gris

Lorsqu’on débute, on associe parfois une bonne photographie noir et blanc à une image extrêmement contrastée.

Pourtant, les plus beaux noirs et blancs contiennent souvent une incroyable richesse de nuances.

Entre le noir profond et le blanc pur existent des dizaines de gris différents.

Ce sont eux qui donnent de la subtilité à l’image.

Un paysage dans la brume, par exemple, peut comporter très peu de noirs francs. Pourtant, les différentes couches de gris peuvent créer une profondeur magnifique.

À l’inverse, une scène de rue en plein soleil peut parfaitement fonctionner avec des silhouettes presque noires et quelques zones très lumineuses.

Il n’existe donc pas un style unique de photographie noir et blanc.

Il existe surtout un rendu adapté à chaque image.

Comment savoir si une photo fonctionnera en noir et blanc ?

Je me pose généralement une question assez simple :

si j’enlève les couleurs, reste-t-il quelque chose d’intéressant dans cette image ?

Une lumière particulière ?

Une expression ?

Une forme ?

Une texture ?

Un contraste ?

Une composition forte ?

Si la réponse est oui, la photographie possède probablement un bon potentiel en noir et blanc.

Si toute l’image repose essentiellement sur l’opposition entre plusieurs couleurs, elle fonctionnera peut-être mieux en couleur.

C’est aussi pour cette raison que je ne convertis pas systématiquement mes photographies en noir et blanc.

Le monochrome n’est pas une solution pour sauver une mauvaise image.

Il doit apporter quelque chose.

Un excellent exercice pour progresser

Si vous souhaitez apprendre rapidement, je vous conseille un exercice très simple : consacrez une sortie photo entière au noir et blanc.

Activez le mode monochrome de votre appareil et essayez volontairement de rechercher :

des ombres ;

des silhouettes ;

des textures ;

des lignes ;

des reflets ;

des oppositions entre zones claires et sombres.

Vous remarquerez probablement qu’au bout d’un certain temps votre regard commence à changer.

Vous ne photographierez plus nécessairement les sujets les plus colorés ou les plus spectaculaires.

Vous commencerez à observer une ombre sur un mur, la lumière traversant une fenêtre ou la silhouette d’une personne au bout d’une rue.

Et c’est précisément là que le noir et blanc devient intéressant.

Photographier en noir et blanc, c’est surtout apprendre à regarder

Réussir de belles photos en noir et blanc n’est finalement pas une question de réglage miracle ou de filtre particulier.

C’est avant tout une manière de regarder.

Lorsque les couleurs disparaissent, la photographie revient à ses éléments les plus simples : la lumière, les ombres, les formes, les lignes, les textures et les émotions.

Et c’est justement ce dépouillement qui peut rendre une image particulièrement forte.

Plus je photographie, plus je constate que les meilleures photos noir et blanc sont rarement celles où j’ai essayé de créer un effet spectaculaire au développement.

Ce sont plutôt celles où la lumière et la composition fonctionnaient déjà au moment où j’ai déclenché.

Le traitement ne vient ensuite que révéler ce qui était déjà présent dans l’image.

Alors, lors de votre prochaine sortie photo, essayez simplement de regarder le monde quelques minutes sans penser aux couleurs.

Vous pourriez être surpris de tout ce qui apparaît lorsqu’elles disparaissent.

Bon shooting !


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